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Introduction à la philosophie politique de Thomas Hobbes  (1588 – 1679)

 A Géraldine Lepan, à qui ce texte doit beaucoup, en souvenir de ses excellents cours de philosophies politique du lundi...

La philosophie politique de Hobbes ne peut se comprendre qu’en rapport avec sa vision de l’homme. L’homme est en effet pour Hobbes un être de désirs. Exemple (qui n’est pas de Hobbes, mais pour faire comprendre): on désire avoir une maison. On l’obtient, on est satisfait, mais immédiatement après on va désirer d’autres meubles, une autre tapisserie. Si on les a ? On désirera avoir une nouvelle voiture, réaménager la cheminée, bref, on ne cesse jamais de désirer ; l’essence de l’homme (ce qui le caractérise, donc) c’est d’avoir en permanence de nouveaux désirs qui le poussent toujours à se dépasser, à bousculer sa vie. Hobbes exprime clairement cette vision de l’homme dans son seul ouvrage politique achevé, le Léviathan, juste avant d’exposer ses théories proprement politiques, au chapitre XI : « C’est pourquoi je place au premier rang, à titre de penchant universel de tout le genre humain, un désir inquiet d’acquérir puissance après puissance, désir qui ne cesse seulement qu’à la mort ».

Le fait qu’il décrive la nature humaine avant d’exposer ses thèses sur le plan politique est voulu : c’est en fonction de ce qu’est l’homme que ses thèses se justifient. En nous présentant l’homme comme un être de désirs il va introduire la question politique : que faire, en effet, si deux hommes désirent la même chose ? Exemple (encore une fois de moi): moi et un ami désirons un bien unique, une maison. On ne peut la partager ou la dupliquer ; moi et mon ami allons devenir ennemis, luttant pour obtenir cette maison. C’est tout à fait la pensée de Hobbes, qui nous dit que « si deux humains désirent la même chose, dont ils ne peuvent cependant jouir l’un et l’autre, ils deviennent ennemis et, pour parvenir à leur fin […] ils s’efforcent de s’éliminer ou de s’assujettir l’un l’autre » (Léviathan, ch.XIII). On peut aller jusqu’à tuer l’autre pour obtenir l’objet qui nous fait tant envie, ou l’assujettir, c’est-à-dire ne pas le tuer mais le dominer, le mettre au pas.

Pour une société sans aucune loi ni aucun gouvernement , ce problème se répèterait en permanence. Certains s’associeraient pour tuer celui qui était le plus puissant, certains utiliseraient leur force physique, d’autres leur ruse,… Mais ceux qui s’étaient d’abord associés pour tuer le plus puissant redeviendraient ennemis au moment du partage de ses biens parce chacun voudrait le même, etc… Bref, dans une société sans pouvoir politique, où chacun jouit d’une liberté totale, y compris celle de voler, de tuer, pour satisfaire ses envies, rien n’est garanti : on peut perdre ses biens (ce que l’on possède) ou sa vie parce qu’ils seront jalousés en permanence par les autres. C’est une situation de risque permanent, de danger perpétuel pour ce que l’on est et ce que l’on a.

Or cette société, c’est l’état de nature tel que le pense Hobbes au ch.XIII du Léviathan, état de nature à traduire comme « état où les hommes n’ont ni loi ni gouvernement, et où donc leur nature de désirs incessants s’exprime pleinement ». L’état de nature est à comprendre chez Hobbes comme un état où on voit la nature humaine égoïste, pleine de désirs, s’exprimer sans aucun frein (puisqu’il n’y a pas de limite légale). On comprend alors pourquoi Hobbes qualifie un tel état de « guerre de chacun contre chacun », un « misérable état de guerre », dangereux, où la vie ne tient qu’à un fil, les hommes étant, les uns pour les autres, au mieux des alliés temporaires, au pire des ennemis. Voilà pourquoi Hobbes reprend la célèbre parole d’un poète latin pour qui « l’homme est un loup pour l’homme » : sans frein politique, à l’état de nature, chaque homme est en danger permanent à cause des autres hommes.

Contrairement, donc, à la thèse d’Aristote dans Les Politiques selon laquelle les hommes prennent naturellement plaisir à vivre ensemble, Hobbes nous dit qu’en l’absence de pouvoir politique pour les maintenir en ordre, les hommes n’éprouvent pas de plaisir à vivre ensemble, ce qui est logique puisque l’on a peur en permanence de ce que pourraient faire les autres contre nous. Voilà comment il faut comprendre, toujours au ch.XIII, ce que dit Hobbes : « les humains n’éprouvent aucun plaisir (mais plutôt un grand déplaisir) à demeurer en présence les uns des autres s’il n’y a pas de puissance capable de les tenir tous en respect ».

Si, d’ailleurs, les hommes sont égaux pour Hobbes dans l’état de nature, c’est dans la capacité qu’ils ont, chacun, par ruse ou par force, seul ou associé, à faire du mal à autrui, à le voler ou à le tuer. Chaque personne peut en tuer une autre, mais aussi chaque personne peut se faire tuer par une autre. Tout le monde est donc égal à ce niveau : « en ce qui concerne la force du corps, le plus faible a assez de force pour tuer le plus fort, soit par une manœuvre secrète, soit en s’alliant à d’autres ». Contrairement à Rousseau pour lequel l’égalité est un droit à instaurer par la convention politique, pour Hobbes l’égalité est naturelle, pré-politique. De même, pour Rousseau elle est positive, un idéal à atteindre par l’institution politique ; pour Hobbes elle est négative, un don dangereux de la nature pour la paix civile.

Il faut cependant faire attention : cet état de nature n’est pas un état qui a existé ou qui pourrait exister ; c’est un état apolitique supposé, construit par lui, une fiction de l’esprit pour mieux comprendre ce qui a poussé les hommes à s’associer et à construire leurs régimes politiques. Ce que fait Hobbes, c’est qu’il prend l’homme tel qu’il est, égoïste et rempli de désirs ; il suppose ensuite qu’il n’y a ni loi ni pouvoir politique, et il imagine les conséquences d’un tel égoïsme sans frein : la guerre de chacun contre chacun. Il n’y a pas, pour lui, de justice avant les lois, comme nous l’avions déjà dit auparavant (III). La justice est définie par la loi, être juste n’est qu’obéir à la loi (cf III p.8, exemple sur la dénonciation des juifs sous le règne d’Hitler). Nous n’avons pas, comme le pensera plus tard Kant et avant lui Rousseau, un sentiment moral inné de justice. La justice n’est pas une idée, un idéal, un sentiment profond ; elle n’est pas affaire de morale pour Hobbes. La justice n’est qu’affaire de politique, ce qui est juste étant d’obéir aux lois du pays auquel on appartient. Il n’y a pas de juste intemporel ; le juste, tout comme les lois, évolue, ce qui est logique puisque les lois définissent pour Hobbes ce qui est juste. C’est exactement la réflexion de Hobbes quand il dit, dans ce même ch.XIII : « Ceci est aussi une conséquence de cette guerre de chacun contre chacun : que rien ne peut être injuste. Les notions du bon et du mauvais, du juste et de l’injuste n’ont pas leur place ici. Là où n’existe aucune puissance commune, il n’y a pas de loi : là où il n’y a pas de loi, rien n’est injuste. […] Justice et injustice ne sont nullement des facultés du corps ou de l’esprit [innées, donc]. […] Ce sont des qualités relatives à l’humain en société [avec des lois], non à l’humain solitaire [dans l’état de nature] ».

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